Un sujet d’actualité pour moi car, demain, je dois aller dans le 19ie à Paris pour passer un entretien professionnel. Je dispose d’une RQTH donc il me faudra essayer de l’amener dans la discussion de façon intelligente.
J’appréhende toujours les entretiens. J’imagine que les neurotypiques flippent également. Cependant, il y a des paramètres propres aux autistes qui font que l’entretien est encore plus compliqué à passer.
Par exemple, l’une de mes particularités autistiques est la franchise. Cette dernière peut m’amener à faire des boulettes, sachant que dans le milieu professionnel, la franchise n’est pas forcément perçue comme une qualité.
Associée à la franchise, la difficulté de se vendre. Parce qu’en entretien, il faut savoir enjoliver, voire mentir, et ça, c’est émotionnellement très couteux pour les personnes autistes.
J’ai la chance d’avoir pu travailler mes entretiens avec des conseillères spécialisées dans l’autisme. L’une m’a dit qu’un point de ma présentation devait être reformulé car, en l’état, ma phrase pouvait mal passer. Il a fallu que je supprime certains arguments que je trouvais logique mais qui ne respectaient apparemment pas les codes sociaux. Ah… les fameux code sociaux en entreprise. Quel bazar à comprendre pour une personne autiste. Ce que l’on peut dire ou pas, et à qui. Comment se comporter, qui tutoyer ou vouvoyer. Quand prendre des décisions et quand suggérer des changements à son responsable avant d’appliquer un changement.
Je me rappelle d’une boulette lors de mon premier emploi en salariée. Je travaillais pour un éditeur de magazine dans le 13ième. Les locaux étaient situés dans un petit immeuble de 3 étages. Au premier, les courants d’airs m’avaient flingués les cervicales alors j’ai décidé de déménager mon poste au premier, à l’un des emplacements vides. Que n’ai-je pas fait. J’ai été convoquée par ma supérieure hiérarchique qui m’a engueulée. Il fallait que je demande l’autorisation au préalable car ça ne se faisait apparemment pas de changer de place d’autant qu’il y avait une sorte de hiérarchie par étage : rez-de-chaussée, les larbins. Au 1er les responsables de pôle. Et au 2ie les grands boss. En changeant de place, je n’avais pas respecté les codes de l’entreprise.
J’ai fait quelques grosses boulettes du genre. Même en entretien. Quand le recruteur m’a demandé ce qui me plaisait dans le poste auquel j’avais postulé, j’ai répondu en toute franchise : la proximité de chez moi et le salaire. Beuuup. Mauvaise réponse.
J’apprends au fil du temps à déjouer les pièges mais cette franchise refait surface au moindre moment d’inattention ou de stress. Le stress faisant partie intégrante du processus de recrutement, je vous laisse imaginer comment se déroulent mes entretiens. C’est quelque chose que je trouve particulièrement injuste car, en entretien, on est davantage jugé sur le savoir-être que sur le savoir-faire. Or, la force d’une personne autiste réside dans le savoir-faire.
Et vous, comment se passent vos entretiens ?