Vendredi 17 janvier, j’ai enfin pu passer les tests pour le diagnostic TSA, 10 mois après ma demande. Il s’agissait de ma seconde démarche diagnostic. La première s’est arrêtée abruptement après un entretien pré-test catastrophique. Les psys étaient persuadés que je n’étais pas autiste et, comme je souffrais d’un gros défaut d’affirmation de soi à l’époque, j’ai abondé dans leur sens.
4 ans après cette débâcle, ressentant toujours au fond de moi que j’étais autiste et sur les conseils d’une copine autiste dont l’intérêt spécifique est l’autisme, j’ai décidé de repasser mes tests ailleurs et de commencer une thérapie pour remédier à ce défaut d’affirmation de soi et cette phobie sociale qui me pourrissaient l’existence.
J’ai commencé par monter un document expliquant pourquoi je pensais être autiste et pourquoi ça ne pouvait être autre chose en appuyant mes dires avec des arguments scientifique et en faisant des diagnostics différentiels. Je suis donc arrivée chez ma psychiatre avec ce document de 14 pages. Ma psy l’a lu. On a discuté. Et elle m’a dit que, selon elle, je pouvais effectivement être autiste et qu’elle m’aiderait à monter mon dossier auprès de l’Hôpital de la Salpêtrière à Paris.
Pour celleux qui se demandent ce qu’il y avait exactement dans mon document, j’y parlais de mon hypersensorialité, de mes difficultés sociaux et des quiproquos ou boulettes que je pouvais faire, des mes intérêts spécifiques actuels (Hobbit film 1, Petits Poney 1ère Génération) et ceux passés comme les boutons que j’adorais collectionner et regarder briller. J’y parlais également de mon besoin de routine, du fait qu’il m’était difficile de suivre une conversation à plusieurs ou même du fait qu’il me fallait m’isoler à la pause déjeuner. Toutes les petites choses qui font mon quotidien qui dénotent de mon environnement.
L’entretien pré-test à la Salpêtrière s’est super bien passé. Ils avaient imprimé le document que je leur avais envoyé. J’avais apporté le mien à jour car au fil du temps, d’autres choses m’étaient venues. C’est le docteur V. qui m’a reçue. Elle a été très douce, pondérée et patiente. Au terme de l’entretien, elle m’a dit qu’elle me conseillait de prendre des anti-dépresseurs parce qu’elle sentait que je n’allais pas bien. Je sortais tout juste d’un burn-out (que je sais maintenant autistique). Le rétablissement est long. Elle m’a également dit que je semblais effectivement présenter des TSA et donc qu’il me fallait passer les tests pour confirmer cela.
J’ai donc suivi ses conseils et demandé à ma psychiatre de me mettre sous Fluvoxamine. La premier jour a été atroce : migraines, nausées, vertiges. Au bout de quelque semaines je retrouvais de l’entrain. Je pouvais à nouveau afficher mon masque social.
Arrive le 17 janvier, date des tests à la Salpêtrière. Jour de grèves de transports, évidemment. Histoire que je sois encore plus anxieuse. Je pars donc à pieds pour un périple de 40min et manque de me tromper de chemin une fois malgré mon GPS. Il faut dire qu’il est assez fourbe. J’arrive à l’une des entrées de l’hôpital (la Salpêtrière est un peu une ville dans une ville) et je demande mon chemin au vigile pour trouver le fameux bâtiment la Force… oui la Force. Je n’ai pas osé lui faire la blague. Deux arches plus loin, je bifurque sur ma gauche et j’arrive au bâtiment. Je mets bien 5min avant de comprendre par qu’elle entrée passer. Je monte au 1er. Je demande si je suis bien au bon endroit. On me répond que oui et on me demande gentiment d’attendre sur l’une des chaises du couloir. Je pose mes fesses sur celle à ma gauche… plus près de la sortie, et j’attends. Je suis ensuite reçue par 3 médecins, ce qui a eu le dont de faire monter en flèche mon anxiété. 3 interlocuteurs. Des petits bonhommes couraient partout dans ma tête avec les bras en l’air. Commencent alors les tests cognitifs. Je ne détaillerais pas pour éviter de biaiser les résultats des personnes qui souhaitent passer le diag. Je dirais juste que j’ai enchaîné les tests de 9h30 à 12h30 puis de 14h à 16h30. J’ai eu droit à une pause-déjeuner vraiment sympa, dans une pièce seule, avec un plateau repas de l’hôpital. Bon, ce dernier point était moins sympa car le repas était plutôt mauvais. J’ai perdu ma bouche en tentant de manger le pamplemousse hyper-amer. Mais, ce n’était pas de la faute du personnel qui a été aux petits soins avec moi. Ils ont même fait en sorte de ne parler qu’un à la fois, sans parler entre eux, car je leur avais expliqué ma difficulté à suivre une conversation à plusieurs.
À la fin des tests, ils se sont concertés et m’ont rappelé. Ils ont convenu que, malgré les résultats en dessous des attentes, ils pensaient que j’étais effectivement autiste. Je présente des traits autistiques qui ne peuvent s’expliquer autrement que par l’autisme. La docteur V. m’a dit que c’est surement parce que je suis une femme et que j’ai 38 ans. J’aurais apparemment développé des parades qui font de moi un vrai caméléon.
Ces tests m’ont épuisée. Encore plusieurs jours après, je suis exténuée tout en ayant le cerveau qui carbure. J’ai ouïe dire par des copines autistes qui ont passé le diag que c’est un contre-coup tout à fait normal.
Ce diag m’a en quelque sorte soulagée, déculpabilisée. Je sais aujourd’hui, officiellement, que mes TSA sont à l’origine comportements qui peuvent paraitre agaçants pour les autres. Comme le fait que je ne peux jamais finir le fond de mes verres d’eau. Ou que je ne peux pas enchaîner plusieurs soirées. L’effort de sociabilisation doit être court sinon mes batteries se vident et je mets beaucoup plus de temps à les remplir. Je me sens davantage légitime aujourd’hui dans ma recherche d’emploi avec mes critères particuliers. C’est comme un poids qu’on m’aurait retiré des épaules. D’un autre côté, ça assoit le fait que je suis différente et ça me donne l’impression d’être plus loin des autres, des NT. Ce n’est pas évident d’évoluer dans un monde inadapté !
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